Un jardin pour bouquetins

Deux petits bouquetins du Val d'Aoste chouchoutés en vue de leur éventuelle réintroduction dans les Alpes suisses. / © Arnaud Fréminet

Eté 1906, deux jeunes bouquetins du Val d’Aoste sont transportés en train jusqu’au zoo de Saint-Gal. Ils sont chouchoutés en attendant une possible réintroduction dans les Alpes suisses.

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Cinq fois par jour, dans un enclos du parc animalier Peter und Paul , dans le canton de Saint-Gall, la femme d’un gardien allaite patiemment au biberon les deux jeunes bouquetins. Seulement du lait de vache bouilli pour éviter toute infection intestinale potentiellement mortelle. Equilibristes nés, les nouveaux arrivants amusent les visiteurs du zoo en sautant et en se perchant sur des pieux en bois. Joueurs et pas farouches, ils se laissent caresser comme des chèvres domestiques et n’arrêtent pas de sauter sur les genoux, les épaules ou la tête de leurs parents adoptifs. Peu à peu, les deux petits princes reçoivent aussi de l’herbe.

Il y a deux mois à peine, ils ont franchi la frontière à dos d’homme. Avec son sauf-conduit, le Valdôtain a passé sans problème le contrôle des douaniers du poste de Lourtier, dans le Val de Bagnes. Puis, une fois la ville de Martigny atteinte, l’homme a vendu sa précieuse marchandise pour 1600 francs suisses. Une fortune ! Installés sur un peu de paille dans des caisses en bois, les cabris ont continué leur voyage en train jusqu’à Saint-Gall. Le 22 juin, le parc animalier Peter und Paul accueillait deux des animaux sur lesquels reposent tous les espoirs.

A l’ouverture de leurs cages, ils sont sortis en bondissant dans tous les sens. Les cabris se sont tout de suite approprié leur enclos orné d’une falaise artificielle de ciment de 10 mètres de haut. Toute l’équipe du parc espère qu’un jour ils pourront gambader sur de vraies montagnes. A moins que ce ne soient leurs descendants ?

Terminez avec la quatrième partie de cette histoire: Le jour du retour.

La cabri connection

L’importation illégale de bouquetins royaux a nécessité des ruses de Sioux pour déjouer les gardes-chasses et les autorités italiennes. Vendeurs et acquéreurs communiquent par courrier postal et par télégramme. Pour dépister les enquêteurs, ils ne signent plus leurs messages et écrivent mouton ou b… pour ne pas mentionner le mot bouquetin. En 1858, la sanction qui attend les voleurs de cabris est de neuf jours de prison. Pour lutter contre cette fraude, les peines s’alourdissent. En 1926, l’enlèvement d’un cabri coûte 5 ans de prison ou 100’000 lires d’amende. De l’autre côté de la frontière, on paye toujours très cher pour cette marchandise prisée. En Suisse, un jeune bouquetin vaut jusqu’à 1200 francs en 1913… l’équivalent de 40’000 CHF ou 32’000 euros d’aujourd’hui !

Couverture de La Salamandre n°225

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 225
Décembre 2014 - Janvier 2015
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