Pourquoi pas les punaises ?

Magalie Mazuy à la chasse aux punaises. / © Jean-Philippe Paul

Magalie Mazuy a plongé dans le monde fascinant des punaises mal-aimées et méconnues. Balade découverte derrière la maison.

Avatar de Jean-Philippe Paul
- Mis à jour le
Publié par

Ce jeudi 26 mai est le seul jour de beau temps de la semaine dans ce petit coin de Jura. Cela fait plusieurs fois qu'on reporte la sortie alors on y va ! Magalie Mazuy arrive avec un filet, un sac en bandoulière et... un simple plateau blanc. Elle connait la règle du jeu : me faire découvrir les punaises à moins de 500 mètres de la maison. Direction le chemin de terre bordé de buissons et murets, puis la pelouse calcaire, le petit bois et enfin le jardin.

Un filet qui fourmille

Je comprends d'emblée l'utilité du plateau. Magalie tapote les branches des aubépines, chevrefeuilles, troènes pour faire tomber les minuscules occupants invisibles. Plus quelques coups de filet conventionnels dans les grandes herbes... voilà deux façons de chercher les punaises. L'entomologiste prévient : il y en a partout, au sol, en haut des arbres, dans l'herbe, dans l'eau... J'en ai tout de suite la preuve au fond du filet où les punaises dominent la troupe de bestioles momentanément captives avec les fourmis, quelques coléoptères et deux chenilles. La plupart sont des larves de 5 mm. Peu d'espèces sont adultes - imagos - au printemps car c'est en été que l'activité des punaises est à son apogée. Quand je me renseigne sur la diversité de ces bêtes, je suis ébahi par la réponse de l'experte. "Environ 1400 espèces en France, 580 en Franche-Comté et un potentiel de 100 espèces juste là autour de nous". Il n'y a donc pas que la punaise grise ou le gendarme - pyrrhocore - que j'observais encore sur le muret du jardin ce matin. Dans l'univers de la biodiversité des insectes, les punaises représentent bel et bien une galaxie.

© Jean-Philippe Paul

Pourquoi les punaises ?

Quand on interroge Magalie Mazuy sur les raisons de son engouement pour les punaises qui repoussent tant de gens, elle évoque deux raisons principales avec simplicité et honnêteté. "J'ai commencé l'entomologie en prenant des photos. Je me suis rendu compte que beaucoup de mes images montraient des punaises et que leur identification était possible". Les forums et galeries sur Internet ont alors joué un rôle. "Puis j'ai réalisé que les publications dans ce domaine méritaient d'être complétées, que peu de naturalistes s'y intéressaient et qu'il y avait donc moyen de trouver la satisfaction de faire avancer la connaissance, la motivation d'être un peu spécialiste d'un domaine". Et c'est ce qui s'est passé. Magalie est devenue une référence régionale dans le monde des punaises pour l'OPIE Franche-Comté et même au niveau national pour l'association naissante Zicrona.

Punaises rencontrées lors de la petite excursion. Il existe malheureusement peu de noms français officiels.

Dolycoris baccarum, Brachycoleus pilicornis, Anthocoris nemoralis, Leptopterna ferrugata, Hadrodemus m-flavum, Carpocoris purpureipennis, Closterotomus biclavatus, Platyplax salviae, Coriomeris denticulatus, Rhopalus conspersus, Rhopalus subrufus, Coreus marginatus...

Le petit tour s'achève avec une douzaine d'espèces observées (voir encadré), ce qui est prometteur pour l'été quand le soleil brillera enfin...

En attendant de changer d'avis sur les punaises et de les admirer, parcourez notre miniguide 79, l'article sur l'odeur des punaises dans la Salamandre 234 et la galerie ci-dessous !

Réagir