Le coucou gris, un oiseau plus que furtif

© Eric Médard

On l'entend souvent, mais il est très difficile à voir. Comment le coucou fait-il tout pour échapper à nos regards et celui des autres oiseaux ?

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En voilà un qui est réglé comme une horloge suisse ! Dans une région donnée, le retour du coucou tombe presque toujours à la même date, à trois ou quatre jours près. Bien qu’il voyage seul et de nuit, ce migrateur au long cours retrouve comme par miracle et avec ponctualité le coin de pays où il est né, après un invraisemblable périple aller-retour jusqu’en Afrique équatoriale. Une boucle de 12 000 km ! Le lendemain, sans même s’offrir des vacances, le mâle se met au travail. D’autres mâles le rejoindront, puis les femelles dans quelques jours. Le temps presse, alors l’oiseau tient concert durant des heures de perchoir en perchoir. Inlassablement, il fait le tour de son territoire, forêt, bocage ou marais, en tricotant un véritable barrage de fils de fer musical contre ses concurrents.

Il chante, il chante, le coucou… On l’entend loin à la ronde, mais bien malin qui le verra. Car il cherche la pénombre, l’entrelacs des branches. En même temps qu’il s’égosille à tue-tête, c’est comme s’il se cachait, comme si déjà il avait quelque chose à se reprocher. Les passereaux du voisinage l’ont bien compris. Dès que l’un d’entre eux le repère, mésanges, pouillots, rougegorges, tous s’agitent et houspillent l’impopulaire nouveau venu, dans l’espoir de le tenir éloigné. Pour ainsi dire, c’est leur première ligne de défense contre le parasite.
A force de patience, peut-être finirez-vous par surprendre le vol de ce véritable fantôme. Ou peut-être se posera-t-il enfin à découvert ? Oui, cet oiseau de la taille d’une tourterelle a belle allure. C’est lui, l’invisible coucou.

Deux syllabes

© Eric Médard

Le coucou chante gorge gonflée, ailes pendantes et queue un peu relevée, le bec fermé ou à peine entrouvert. A chaque note, il balance légèrement la tête de haut en bas. Gonflé à bloc par les hormones printanières, il peut lâcher 25 coucou en trente secondes et enchaîner son appel caractéristique jusqu’à 300 fois.

La vague du printemps

La migration printanière du coucou déferle sur l’Europe occidentale avec une grande constance d’une année à l’autre. Ici les données du 5 mars au 15 avril 2016 synthétisées par l’EuroBirdPortal.

© Source : EuroBirdPortal

Africain d’abord

© D'après Vogelwart Sempach / Globe : Fotolia

Malgré son importance, le séjour européen du coucou est une courte parenthèse dans une vie essentiellement africaine. Arrivé chez nous début avril, ce migrateur transsaharien repart fin juin ou début juillet déjà. Quant aux jeunes, ils prendront le chemin du sud courant août sans avoir jamais vu leurs parents biologiques et donc sans guide pour leur montrer la voie.
Grâce à des émetteurs satellitaires fixés au dos d’oiseaux scandinaves, on connaît précisément la grande boucle qui les mène jusqu’en Afrique tropicale après une escale au Soudan du Sud, puis la voie du retour par l’Afrique de l’Ouest.

3 000 km

C’est la distance que certains coucous peuvent parcourir d’une seule traite pour franchir le Sahara. Jolie performance pour un petit aéronef non polluant de 120 g à peine.

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Article initialement publié dans la revue Salamandre sous le titre "L’oiseau furtif"

Couverture de La Salamandre n°251

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 251
Avril - Mai 2019
Article Feuilletage

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