La Camargue les pieds dans l’eau

La Camargue, une des régions les plus arides de France. / © Alessandro Staehli

Prise d'assaut par la mer, asséchée par les vents et brûlée par le sel : la Camargue est une terre de disputes. Voyage dans une nature extrême.

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Fin de parcours pour le Rhône. Né alpin, le grand fleuve meurt en fécondant la Méditerranée de ses tonnes de sédiments. Galets, sables, limons et argiles arrachés lors de son voyage long de 800 km constituent son delta. Bienvenue en Camargue, triangle de terre né de cette union aquatique en sucré-salé.

Le fantôme des Saintes-Maries

La Digue à la Mer traverse sansouires et lagunes en reliant Les Saintes-Maries-de-la-Mer au Vieux Rhône. Depuis cet ouvrage colossal, la Camargue apparaît comme une plaine infinie. Le mont Ventoux est un repère fidèle dans cette immensité. Il apparaît vers le nord-est, coiffé de son chapeau blanc. A l'opposé, l'église des Saintes-Maries affleure comme un spectre entre les flots qui cachent le littoral.
Perchés au-dessus des rizières à l'horizon, des nuages gonflés s'approchent, menaçants. La pluie pour bientôt? Le risque est minime : le vadrouilleur erre ici dans l'une des régions les plus arides de France. Les précipitations moyennes annuelles, concentrées en hiver, n'atteignent que 540 mm. La moitié moins qu'à Besançon ! De plus, une évaporation de 1300 mm d'eau par an génère un véritable déficit hydrique. Milieu hostile ?
Au soleil qui embrase les lieux s'ajoute le mistral. Froid et sec, il s'invite lui aussi dans ces terres de frontières, soufflant souvent en un courant soutenu et constant. Il pénètre dans la chair, refroidit les plus courageux. Ce vent du nord-ouest est sans pitié. Il s'empare même du peu de rosée condensée sur les salicornes. Ne reste ensuite plus que le sel. Un poison pour les êtres vivants. Et un témoin épicé du paradoxe camarguais: une zone humide où l'eau douce se fait rare.

Eclats de vie

Survolant les tamaris qui bordent un étang saumâtre, des flamants roses témoignent que la vie est bien là, adaptée et foisonnante. Plus loin, une pie-grièche à tête rousse joue au rapace, à l'affût sur une salicorne. Elle est probablement en passage migratoire et chasse des insectes en les surprenant au sol. Forme familière en haut des buissons composant la sansouire, le marais salé méditerranéen, la fauvette à lunettes marque son territoire.

© Alessandro Staehli

Le vacarme de la mer attire l'attention. C'est parfait: le chemin se poursuit à travers les dunes jusqu'à la plage. Au-dessus des vagues décoiffées par le mistral, des goélands leucophés tentent de semer un oiseau sombre qui les colle. Un magnifique labbe parasite ! D'un vol rapide et souple, ce pirate s'acharne sur les laridés pour leur faire régurgiter du poisson et s'en nourrir. Une stratégie parmi d'autres pour survivre dans ces lieux à la merci des éléments.

© Alessandro Staehli

La sentinelle des salicornes

Sylvia conspicillata est un passereau symbole de la sansouire. Si la femelle est terne et plutôt discrète, le mâle est très coloré : ailes couleur rouille, gorge blanchâtre et grosse tête grise. Le cercle blanc autour de l'œil est à l'origine de son nom commun : fauvette à lunettes. En France, cet insectivore niche dans le maquis et la garrigue sur tout le pourtour méditerranéen. En Camargue, il se reproduit dans les marais salés. Son nid est construit à faible hauteur dans les salicornes. Après deux pontes annuelles, une grande partie de ces fauvettes migre en Afrique du Nord pour hiverner. Leur chant remplira à nouveau l'air camarguais à partir de la mi-mars.

© Alessandro Staehli

Itinéraires

Accédez à la carte détaillée de cette balade dans le PDF en bas de page.

La digue à la mer

Pont de Rousty > Ancien Poste des Douanes

durée: 2h30

  • Traverser le pont de Rousty (1) et poursuivre sur la Digue à la Mer sur 5 km.
  • A la bifurcation (2), prendre à droite le chemin des Douanes. Rejoindre la mer (3) sans abandonner le sentier.
  • Virer à droite et revenir le long de la rive en direction des Saintes-Maries-de-la-Mer.
  • Continuer sur 3,5 km, jusqu'à la limite de la réserve signalée par des poteaux en bois (4).
  • Tourner à droite pour rejoindre le pont de Rousty (1).

Vers le phare de la gacholle

Ancien Poste des Douanes > Phare de la Gacholle > Parking de la Comtesse > Grau de la Comtesse

durée: 2h30

  • A la bifurcation pour le chemin des Douanes (2), rester sur la Digue à la Mer et rejoindre le phare de la Gacholle (5).
  • Au parking de la Comtesse, traverser le pont et virer à droite vers le sud et la Méditerranée (6).
  • Au lieu-dit Grau de la Comtesse, au bord de l'eau, tourner à droite (7) et suivre le littoral jusqu'au point (3).

Accès en transports publics

Train ou bus jusqu’à Arles, puis bus pour Les Saintes-Maries-de-la-Mer (ligne 20). Horaires sur sncf.com et lepilote.com Rejoindre le début de l'itinéraire (1) à pied (1h15) ou à vélo (15'). Location de VTT possible sur place. En voiture, il est possible de rejoindre l'escapade au parking de la Comtesse (2).

Hébergement, tuyaux gourmands

La Capelière : accueil de la Réserve Nationale de Camargue +33 4 90 97 00 97

Office de tourisme des Saintes-Maries-de-la-Mer : +33 4 90 97 82 55

Salin de Badon. Gîte très rustique, en pleine nature. Réservation à La Capelière. Chambres à deux, 12 € la nuit par personne ou 6 € pour les membres de la SNPN. +33 4 90 97 00 97

Camping La Brise, Saintes-Maries-de-la-Mer, en bord de plage. Ouvert toute l'année.
+33 4 90 97 84 67

Restaurant La Bodega Kahlua, Saintes-Maries-de-la-Mer. Spécialités camarguaises et ambiance sympa. +33 4 90 97 98 41

Snack-bar Les Salicornes, à Villeneuve. Ancienne abbaye rénovée et transformée en un point de rencontre. +33 4 90 47 30 48

Règles d'or et conseils

  • Penser à prendre des boissons. En dehors des villages, il n'y a pas d’eau potable.
  • Spray anti-moustiques recommandé entre avril et novembre.
  • Ne rien laisser dans la voiture : risque de vol prononcé, même sur les routes fréquentées.

Eclairage par Silke Befeld

Balade en Camargue dans le vent et les pieds dans l'eau

© Alessandro Staehli

Née à Wolfsburg, en Allemagne, Silke Befeld a atterri en Camar­gue en 1997 pour un stage, grâce à la collaboration entre l'Université de Braunschweig et le centre de recher­che de la Tour du Valat. La région l'a immédiatement séduite. « C'est un pays aux visages multiples, entre mer et lagunes. Le paysage est très variable selon la saison, comme le climat. Dans mon temps libre, j'aime profiter des belles lumières pour faire de la photo. » Après avoir travaillé sur plusieurs projets, dont le baguage des hérons crabiers et l'étude des macroinvertébrés des rizières, la naturaliste est aujourd'hui chargée de mission scientifique à la Réserve nationale de Camargue. Elle s'occupe des inventaires d'insectes, collabore aux suivis zoologiques et botaniques et anime des sorties nature dans la réserve.

Balade en Camargue dans le vent et les pieds dans l'eau

© Alessandro Staehli

A) Plantes au goût salé « Des deux côtés de la Digue à la Mer, la sansouire. Cet écosystème typiquement camarguais se compose d'un nombre limité d'espèces adaptées aux fortes salinités, dont les salicornes. De vert-brun au printemps, ces étendues salées se teintent de rouge bordeaux à l'automne. »

B) Buissons séculaires « L'étang des Batayolles est une lagune : les tempêtes hivernales l'alimentent en eau salée. Sur l'îlot, en son centre, on peut observer une colonie de goélands leucophés. Vers le nord, on devine les bois des Rièges. Situés sur une ancienne dune entre les étangs inférieurs et celui de Vaccarès, des fourrés littoraux de genévriers de Phénicie (Juniperus phoenicea) âgés de 800 ans ! »

Balade en Camargue dans le vent et les pieds dans l'eau

© Alessandro Staehli

C) Stop à l'érosion « Les dunes sont des milieux fragiles et strictement interdits d'accès. Pour les préserver ou favoriser la formation de nouvelles, on a mis en place des ganivelles. Ces barrières en bois freinent le vent en favorisant l'accumulation du sable. On y a recensé 130 espèces de coléoptères, dont le rare bousier sacré. »

D) Rescapé de 39-45 « Le phare de la Gacholle se situe le long de la Digue à la Mer. Construit en 1882 et partiellement détruit lors de la Seconde Guerre mondiale, il est aujourd'hui aménagé en point d'accueil. On peut visiter gratuitement l'exposition et profiter des espaces repos ombragés mis à disposition. »

Balade en Camargue dans le vent et les pieds dans l'eau

© Alessandro Staehli

E) Exposition littorale « Il n'est pas rare d'observer des troncs tordus sur les plages à l'ouest de l'embouchure du Rhône. Transportés par le fleuve, les arbres morts finissent dans la Méditerranée et sont poussés vers la rive par les courants maritimes. Ces sculptures naturelles sont les témoins du jeu subtil entre la mer et le fleuve. »

F) Coup d'œil aux oiseaux marins « La plage est un site ornithologique privilégié au printemps. Parmi tous les limicoles, il est possible d'y voir l'huîtrier pie et le gravelot à collier interrompu. Pointez vos jumelles vers la mer et cherchez avec patience les oiseaux marins. Le puffin yelkouan, le labbe parasite et le fou de Bassan sont régulièrement observés en avril-mai. »

Mais aussi...

Découvrez la Camargue vue de haut, avec les photographies époustouflantes de Thierry Vezon.

Couverture de La Salamandre n°215

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 215
Avril - Mai 2013
Article Feuilletage

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